Le virulent discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité, prononcé vendredi 30 juillet à la préfecture de l'Isère et dans lequel le chef de l'Etat a menacé de déchoir de la nationalité française toute personne d'origine étrangère qui porterait atteinte à la vie des représentants de l'autorité publique, a provoqué de vives réactions.
L'Union syndicale des magistrats fait remarquer par la voix de son secrétaire général, Laurent Bedouet, que la déchéance de la nationalité française "pose des problèmes éthiques et constitutionnels. Sur quels critères va-t-on pouvoir déchoir quelqu'un de la nationalité française ? Quel est le rapport entre la déchéance de la nationalité et la lutte contre la délinquance ? C'est un nouvel effet d'annonce. A chaque nouveau fait divers, une nouvelle loi. On connaît, c'est un rideau de fumée législatif qui cache la dramatique diminution des moyens de la police".
SUPPRESSION DE 11 000 POSTES DE POLICIERS
Le Parti socialiste comme les Verts ont insisté sur "l'échec" de la politique de sécurité du président, soulignant que le chef de l'Etat était "responsable de la suppression de 11 000 postes de policiers et gendarmes depuis 2007". "Nicolas Sarkozy a dressé à Grenoble le bilan d'échec de sa politique sécuritaire et d'immigration" a déclaré Jean-Christophe Cambadélis. "Le président de la République se propose pourtant de continuer." Pour les Verts, "l'inflation des lois, le durcissement des mots ne feront pas oublier la diminution des postes et l'augmentation des violences".
"M. Le Pen et sa fille n'ont plus besoin de parler, la copie parle à leur place", a pour sa part estimé le député vert Noël Mamère. "On a le sentiment que le président de la République ne sait plus quoi inventer pour reconquérir son électorat perdu. […] Il souffle sur les braises d'un pays qui n'a pas besoin qu'on lui invente de nouveaux boucs émissaires, […] on se demande où il va s'arrêter."
Pour Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), "la nationalité acquise ne doit pas être remise en cause pour des raisons de droit commun sauf à créer une catégorie nouvelle de sous-Français conditionnels". "Le président devrait prendre garde que sa condition de fils d'immigré ne permette pas demain de le déchoir de sa nationalité s'il venait à être poursuivi ou condamné, à tort ou à raison, du fait des conséquences de ses accointances avec les milieux d'affaires", poursuit-il. "Seul le régime du maréchal Pétain a eu recours à la remise en cause de la nationalité comme politique d'ensemble. La déchéance de la nationalité française est une mesure inefficace, stupide et anti-républicaine."
"Un Etat de droit ne fait pas la guerre, pas plus au terrorisme qu'aux criminels", a enfin commenté l'ancien premier ministre Dominique de Villepin.
A droite, le député UMP Thierry Mariani a annoncé qu'il comptait déposer un amendement allant dans le sens des déclarations du président dans la prochaine loi sur l'immigration afin de rétablir "une disposition qui existait dans la loi française jusqu'en 1998 et qui permettait la déchéance de la nationalité française pour tout étranger condamné pour un crime à au moins cinq ans de prison ferme dans les dix ans suivant son acquisition de la nationalité française. Cette disposition avait été supprimée par la garde des sceaux de l'époque, la socialiste Elisabeth Guigou".
Le Front national a de son côté affirmé, par la voix de son vice-président Bruno Gollnisch, être le seul parti "à sonner l'alarme et à dénoncer les graves déséquilibres sociaux engendrés par la folle politique d'immigration massive et incontrôlée mais orientée vers le communautarisme". "Vous vous étiez engagé à la maîtrise de l'immigration. Rien n'a été fait. […] Commencez, M. le président de la République, par nous débarrasser des voyous étrangers, et nous ferons de la place pour les nôtres dans nos prisons", écrit-il dans une lettre ouverte à M. Sarkozy.
Le Monde du 30 juillet 2010